Les déclarations d’extermination de punaises de lit transmises à la Ville de Montréal ont fondu en dix ans. Le registre ouvert en compte 5 802 pour 2013, 4 144 pour 2022, puis 1 323 pour 2024. Les enquêtes de santé publique donnent pourtant un nombre de ménages touchés bien plus élevé. La Ville elle-même met en garde contre une lecture trop rapide de ses chiffres.
Ce que contient le registre de la Ville de Montréal
Depuis 2011, le règlement municipal sur la salubrité oblige les gestionnaires de parasites à déclarer chaque extermination de punaises de lit faite dans un logement des 19 arrondissements. Le jeu de données est publié sur le portail de données ouvertes et repris par Données Québec, avec une mise à jour trimestrielle. Il compte un peu plus de 52 000 lignes, de juillet 2011 à l’été 2026.
Chaque ligne indique la date de la visite préalable, le nombre de traitements, l’arrondissement et le quartier. Les coordonnées sont volontairement décalées pour protéger la vie privée. La fiche précise un point souvent oublié : les données ont un faible degré de fiabilité, car elles sont saisies à la main par des tiers et ne font l’objet d’aucune validation par la Ville.
Les familles qui veulent un diagnostic fiable ont intérêt à faire appel à ce spécialiste de l’extermination ou à une autre entreprise titulaire d’un permis du ministère de l’Environnement du Québec, qui confirme la présence de l’insecte avant de traiter. Une inspection professionnelle évite aussi de pulvériser des insecticides pour rien.

Les chiffres année par année
Nous avons compté les déclarations selon l’année de la visite préalable de l’exterminateur :
- 2013 : 5 802 déclarations, le sommet de la série ;
- 2016 : 5 052 ;
- 2019 : 3 123 ;
- 2020 : 2 829, l’année de la pandémie ;
- 2022 : 4 144, une remontée nette ;
- 2023 : 2 958 ;
- 2024 : 1 323 ;
- 2025 : 580.
En 2023 et 2024, deux arrondissements concentrent le gros des déclarations : Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (1 007) et Ville-Marie (964). Le Plateau-Mont-Royal suit avec 562, puis Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension avec 349.
Pourquoi la baisse ne prouve pas un recul de l’insecte
La Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal estime qu’environ 2,7% des ménages de l’île, soit près de 22 000 ménages par année, ont eu des punaises de lit à domicile. Son état de situation de 2019 donnait 2,8% des ménages pour 2017. Mis côte à côte, ces deux ordres de grandeur montrent l’écart : quelques milliers de déclarations pour plus de 20 000 ménages touchés.
Plusieurs raisons expliquent ce décalage. Beaucoup de locataires traitent eux-mêmes, avec un nettoyeur vapeur ou des produits achetés en quincaillerie, sans passer par un exterminateur. Une partie des entreprises ne déclare pas chaque intervention. Le formulaire ne couvre pas les immeubles non résidentiels. La chute de 2024 et 2025 ressemble donc davantage à une baisse des déclarations qu’à un départ de la punaise.
Les facteurs qui entretiennent les infestations
La santé publique de Montréal relève que les ménages locataires à faible revenu sont plus exposés. Les immeubles de plusieurs logements facilitent le passage d’un appartement à l’autre par les murs, les conduits et les prises électriques. Le 1er juillet, des milliers de matelas et de divans circulent dans les ruelles, et certains sont récupérés.
L’INSPQ rappelle aussi qu’une seule application d’insecticide ne suffit pas. Les produits homologués agissent peu de temps, et les œufs éclosent après le passage. Il faut en général deux ou trois visites espacées. Le registre le confirme : en 2024, la moyenne tourne autour de 1,6 traitement déclaré par logement, avec un maximum de quatre.
Ce que dit la loi au Québec
Au Québec, le propriétaire doit livrer et maintenir un logement en bon état d’habitabilité. Le locataire, lui, doit aviser le propriétaire sans tarder dès qu’il constate une infestation et préparer son logement selon les consignes de l’exterminateur. En cas de désaccord, le Tribunal administratif du logement (TAL) tranche. À Montréal, les inspecteurs de l’arrondissement peuvent aussi intervenir quand le logement est jugé insalubre.
Comment lire les prochaines mises à jour
Pour suivre la situation, la Ville recommande de rapporter les déclarations au nombre de logements du quartier, qu’elle publie dans un fichier séparé. Un quartier dense avec beaucoup de logements aura mécaniquement plus de déclarations. Les chiffres de la DRSP, issus d’enquêtes auprès des ménages, restent la meilleure mesure de la présence réelle de l’insecte. Le jeu de données est consultable sur le portail de données ouvertes de la Ville de Montréal.
Côté prévention, les gestes restent les mêmes : inspecter les meubles usagés avant de les monter, laver la literie à l’eau chaude au retour de voyage, passer les vêtements 30 minutes à la sécheuse à haute température et signaler vite toute piqûre suspecte.

